Recherche
Dossiers thématiques
Récemment répertoriées
Publications en vedette
À la suite du tremblement de terre du 12 janvier 2010, le gouvernement haïtien menait une ambitieuse évaluation des besoins post-catastrophe (PDNA) en vue de la reconstruction. Cependant, ce PDNA n’abordait pas les questions de genre. Avec ce rapport, le Collectif Haïti Égalité a voulu fournir le contenu manquant afin que la perspective de genre soit intégrée dans la planification de la reconstruction à chaque étape : évaluation, planification, mise en œuvre, suivi et évaluation. En effet, pour vaincre la discrimination sexuelle, il faudrait mettre en œuvre une structure politique et juridique qui respecte les droits fondamentaux des femmes, y compris leurs droits sociaux et économiques. En outre, leurs contributions politiques et communautaires de même que leur travail de soin doivent être reconnus et soutenus. C’est là le seul moyen de reconstruire Haïti sur une base plus équitable.
Ce rapport soumis à l’ONU dénonce la gravité des violences basées sur le genre (VBG) en Haïti. Malgré la ratification de conventions internationales telles que la CEDAW et la Convention de Belém do Pará, Haïti ne respecte pas ses obligations de protection envers les femmes et les filles. Selon l’UNICEF (2008), plus de 70% des femmes haïtiennes ont été victimes d’au moins une forme de VBG. Une étude de 2016-2017 révélait que 34% des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie. Les adolescentes sont particulièrement vulnérables : 25% des femmes âgées de 18 à 24 ans ont déclaré avoir été victimes de rapports sexuels non consentis avant 18 ans. En 2020, dans le département de la Grand‘Anse, 126 plaintes pour VBG ont été déposées, mais seulement 46 ont mené à une enquête judiciaire et aucune n’a abouti à un procès. Le système judiciaire est faiblement réactif, discriminatoire et lent. Par exemple, moins de 10% des policiers sont des femmes, malgré une exigence constitutionnelle d’un quota de 30%.
Les femmes sont marginalisées dans la vie politique : elles ne représentent que 3% du Parlement. L'absence de lois modernes criminalisant la violence domestique, le viol conjugal et le harcèlement sexuel aggrave la situation. De plus, il n’existe aucun refuge gouvernemental pour les survivantes, et les soins médicaux d'urgence sont souvent inaccessibles. Afin de renforcer l'accès à la justice, le rapport recommande des réformes législatives conformes aux normes internationales, un meilleur soutien des survivantes, une formation accrue des policiers et magistrats, ainsi que la ratification du Protocole facultatif à la CEDAW.
En dépit d’une féminisation de la population étudiante, notamment dans les universités privées haïtiennes au cours des 20 dernières années, le corps académique et administratif reste profondément marqué par une ségrégation sexiste. En se basant sur les modèles développés par Marry et Le Feuvre, on soutient que ce déséquilibre a un fondement sociohistorique qui se manifeste à travers la représentation sociale du genre et les modes de fonctionnement organisationnel. L’enjeu demeure une université haïtienne ancrée dans un dirigisme masculin en absence de toute ouverture à une réforme centrée sur des valeurs d’inclusion, de diversité et d’égalité. En revanche, la présence significative des femmes dans des postes de carrière à l’université servirait de modèle pour les plus jeunes et ouvrirait de nouvelles perspectives académiques à la fois porteuses d’opportunités et favorables à une société inclusive, juste et égalitaire.
Les paysannes haïtiennes migrant vers Port-au-Prince deviennent souvent des travailleuses domestiques et les femmes qui les emploient peuvent alors migrer à l’international. Celles-ci se dirigent souvent vers la France, où elles deviennent aussi travailleuses domestiques, permettant à d’autres femmes de se maintenir sur le marché du travail. À partir du féminisme matérialiste et de la sociologie clinique, l’auteure analyse le système d'oppression qui se manifeste dans cette chaîne de migration et de travail, qui est accentué par la mondialisation néolibérale. Ces rapports sociaux, de race et de classe s’articulent entre le travail domestique et non domestique, entre femmes employeures et employées ainsi que dans la migration nationale et internationale.
L’économie sociale et solidaire joue un rôle central dans l’économie haïtienne et pour l’avenir du pays, et ce sont les femmes qui la portent. Toutefois, elles rencontrent des obstacles au niveau des inégalités de genre, entre autres parce qu’elles se retrouvent souvent dans le secteur informel. En raison du discours patriarcal, ces femmes sont considérées comme des agentes économiques de seconde zone alors qu’elles sont plutôt des actrices stratégiques et qu’elles contribuent grandement à la résilience économique du pays. Leur participation à l’économie pourrait être renforcée en appuyant leurs démarches dans ce secteur essentiel de même que le développement de leurs capacités entrepreneuriales.